Affichage des articles dont le libellé est culture et patrimoine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est culture et patrimoine. Afficher tous les articles

mercredi 25 juin 2014

Les baguettes d'encens dans la vie des Vietnamiens



La coutume de brûler les baguettes d’encens est internement lié à la vie spirituelle des Vietnamiens. Depuis longtemps, les Viêt ne pensent pas que la mort est une fin, mais que l’âme du défunt continue à vivre parmi ses descendants. Selon le livre "Les coutumes de culte dans la famille vietnamienne", publié en 1996 par la Maison d’Edition de la Culture ethnique, la croyance selon laquelle l’âme du défunt continue à vivre, a beaucoup influencé les vivants. Nombreux sont ceux qui s’abstiennent de tout acte répréhensible, de peur que leur parents dans l’autre monde n’en soient attristés.Le culte des ancêtres nous rappelle d’une part que "lorsqu’on boit de l’eau, il faut penser à la source", et reflète d’autre part que les descendants désirent la protection de leurs ancêtres et les associent aux grands événements de leur vie


 A l’arrivée du Têt (fête du Nouvel An lunaire), tout être humain désire s’orienter vers ses ancêtres, le ciel, la terre, et quand on brûle des baguettes d’encens, on pense qu’il existe une communion entre les mondes visible et invisible.
 Dans des villages égayés dans les rizières du delta du fleuve Rouge, à la saison où les travaux des champs sont terminés et en prévision de l'effervescence consommatrice du Têt, des dizaines de paysans se recyclent et taillent le bambou en batonnets , les colorent en rouge, les font sécher en faisceaux sur les digues et les routes, puis enroulent à la main ou à la machine pour les plus florissants la pâte odorante où se mêlent en quantités secrètes l'agar, la cassie et autres substances odoriférantes. 

Un peu de sciure de bois jaune pour les empêcher de coller entre eux, un emballage de papier de couleurs vives et les voilà enserrés en bottes énormes prêtes à prendre la route de la capitale pour être vendus par les marchands du temple sur les parvis des pagodes. 
 
 Dans toutes les maisons filles et garçons travaillent sur leurs tables de bois inclinées, qui à enrouler de très longs boudins de pâte autour d'un boulon pour former les serpentins, qui à produire des batons. Les jours de soleil, toutes les rues sont encombrées de baguettes et de plumeaux qui sèchent à même les sols bétonnés, les arrières cours sont couvertes de claies où s'alignent en rangs réguliers les serpentins et les batonnets . Le village résonne des broyeurs qui réduisent l'agar en poudre et du bavardage des ouvrières. 

Au Vietnam, le métier de fabrication des baguettes d’encens se développe depuis des siècles dans les villages d’artisanat situés autour de Hanoi (Vietnam du Nord) et Hue (Vietnam du Centre). Ainsi pendant le circuit du Nord au Sud, nous proposons les visites dans ces villages. C’est une expérience ludique car vous aurez la possibilité de participer au processus de fabrication pour mieux comprendre ce métier et approfondir la connaissance culturelle.

jeudi 12 juin 2014

Le dragon dans la vie des Vietnamiens



Le dragon est un animal imaginaire, mais son image est omniprésente dans la vie des Vietnamiens. Animal sacré, il occupe une position particulière dans la culture et les croyances du peuple vietnamien.

Le peuple vietnamien se réclame du Dragon comme ancêtre. Selon la légende, Lac Long Quân, fils du Dragon, anéantit les monstres marins et créa un vaste royaume. Il épousa Au Co, fée de la montagne qui lui donna cent œufs, lesquels donnèrent cent garçons... Cinquante d’entre eux suivirent le père vers la région maritime, le reste se dirigea vers la montagne avec la mère. Le fils aîné fut proclamé roi Hùng, fondateur de la première dynastie royale vietnamienne... Cette légende est à l'origine du proverbe Con Rông, chau Tiên (Fils du Dragon, petits fils de la Fée).  

Sous le régime féodal, le dragon représentait le roi, fils du Dieu, l'autorité suprême, la puissance de la nation. Le mot "dragon" (long en vietnamien) était utilisé pour désigner les parties du corps de l'empereur (par exemple "long nhan" signifie le visage du roi) et ses objets à usage quotidien (ses vêtements de parade brodés d’un dragon, son trône décoré de motifs de dragon...). L'image de cet animal sacré est présente dans tous les édifices de la cour (palais royal, temple dynastique, mausolée, tombeau royal...).

Le dragon à travers les époques
L'image du dragon se transforme à travers les dynasties, selon les critères esthétiques à chaque époque. La dynastie des Ly (1010-1225) pose les bases de la culture féodale vietnamienne. Le bouddhisme se répand et Van Miêu (Temple de la Littérature), la première université féodale, ouvre ses portes. Le mince dragon qui découle de cette période représente le roi et est le dragon de la littérature. Son corps arrondi forme de longues courbes s'effilant graduellement vers la queue. Son dos est orné de façon ininterrompue de petites nageoires régulières. La tête, redressée, possède une longue crinière, des yeux proéminents, une moustache pointant vers l'avant, mais pas de cornes. La mâchoire est grande ouverte, à l'intérieur de laquelle se trouve toujours un châu (joyaux), symbole d'humanité, de noblesse et de savoir. Les jambes sont courtes et fines, avec habituellement trois griffes à leur extrémité.
  
Le dragon de la dynastie des Trân (1225-1400) est semblable à celui de la dynastie des Lý mais devient plus intrépide. Il se pare de nouveaux détails : des bras et des cornes. Sa tête majestueuse arbore une moustache plus courte. Son corps courbe est plus gros, mais toutefois plus fin au niveau de la queue. Il existe plusieurs sortes de queues (droite et pointue, en spirale) tout comme  plusieurs types d'écailles (une demi-fleur aux pétales rondes régulières, une écaille légèrement courbe). Ce dragon symbolise les arts martiaux, les rois de cette dynastie étant des descendants d'un commandant mandarin. À cette époque-là, il faut savoir que les Vietnamiens ont à combattre les envahisseurs mongols.

Durant la dynastie des Lê (1428-1788), du fait de l'expansion du confucianisme, le dragon vietnamien est davantage influencé par le dragon chinois. Contrairement à ceux des dynasties précédentes, les dra-gons de cette époque-là ne sont pas seulement représentés dans des positions sinueuses entre des nuages. Leur corps ne présente plus que deux grandes ondulations. Ils sont majestueux, avec des têtes de lions. Un large museau remplace leur moustache. Leurs pieds possèdent cinq griffes acérées.

Sous la dynastie des Nguyên (1802-1945), le dragon est représenté avec une queue en spirale et une longue nageoire. Sa tête et ses yeux sont larges. Il possède les cornes d'un cerf, un museau de lion, des canines développées, une moustache courbée et des écailles régulières. Les dragons représentant le roi possèdent cinq griffes, les autres quatre. Il est personnifié par exemple dans l'image de la mère avec ses enfants.

Le dragon dans la vie populaire
Le dragon est non seulement le symbole de la noblesse, du pouvoir suprême, mais encore une image familière de la vie populaire. Dans tous les villages et hameaux figurent des images du dragon abondantes et variées. Les maçons ont orné les temples, pagodes et maisons communales de reliefs, gravures, sculptures de dragon... Les céramistes ont embelli aussi leurs produits (vases, bols, assiettes...). Le dragon est présent également dans les fameuses images populaires du village de Dông Hô (province de Bac Ninh, Nord). Pendant les fêtes villageoises, la danse du dragon est souvent interprétée à la maison communale.

Un détail à préciser concernant le dragon dans la vie populaire : l'État féodal a imposé des règles stricts sur l'utilisation du symbole du dragon pour distinguer le dragon de la cour royale et celui de la vie populaire. Par exemple, de l'époque de la dynastie des Lê et des seigneurs Trinh (1533-1788) jusqu'à l'époque des Nguyên (1802-1945), seuls le roi et le prince héritier avaient le droit de porter l'image du dragon à cinq griffes. Le dragon qui orne les constructions architecturales populaires (temples, pagodes, maisons communales) avait trois ou quatre griffes. 

 Le dragon ne sert pas seulement à décorer les constructions architecturales ou à figurer dans les œuvres d'art. Il revêt en effet une signification plus profonde dans la vie et la croyance des Vietnamiens vivant de la riziculture. Pour les paysans vietnamiens, le dragon est le symbole du yang, principe de vie et de croissance, il apporte la pluie, essentielle pour l'agriculture. Le dragon est intimement lié au climat et à l'eau. Il est capable de changer le climat et est responsable des récoltes. Le dragon a d'ailleurs tendance à vivre dans ou à proximité de grandes étendues d’eau : fleuves tumultueux, au fond des océans ou au cœur des gros nuages. Ainsi, l’on peut contempler partout l'image du dragon avec des nuages ou de grandes vagues. Le dragon existe aussi dans la littérature, le langage de l'homme. Ainsi, de nombreux proverbes et chansons populaires vietnamiens le mentionnent. On peut citer : "Rông gap mây" (Le dragon rencontre les nuages) : se dit d'une condition favorable ; Dâu rông duôi tôm (Une tête de dragon, une queue de crevette) : qui commence bien mais termine mal ;  «Rông dê nha tôm» (Le dragon visite la maison de la crevette) : compliment utilisé par un hôte envers son invité ; «An nhu rông cuôn, noi nhu rông leo, lam nhu meo mua» (Manger comme le dragon défile, parler comme le dragon grimpe, travailler comme le chat régurgite) : critique adressée à quelqu'un qui mange trop, parle beaucoup et est fainéant.

Dans l'ensemble du pays, il y a de nombreux toponymes relatifs au dragon : capitale Thang Long (Dragon prenant son essor) - ancien nom de Hanoi, baie d'Ha Long (Le Dragon descendant), le pont de Hàm Rông (Mâchoire du Dragon), le delta du Mékong ou des neufs dragons (la partie du fleuve Mékong passant à travers le Vietnam et comprenant neuf bras nommés Cuu Long, lesquels représentant autant de dragons)

mardi 3 juin 2014

Danse avec les dieux



Après avoir avoir manqué de disparaître durant les années 1970, l’art sacré des danseuses Apsara du Cambodge est aujourd’hui en pleine renaissance grâce aux efforts gouvernementaux et aux nouveaux débouchés offerts par le tourisme.

 « Lorsque j’avais neuf ans, ma grand-mère m’a conduit au Palais pour me présenter à la Reine et je suis devenu l’une des danseuses du Ballet royal du Cambodge ! » se souvient Sam Sathya, professeur à l’école des Beaux Arts de Phnom Penh. « Durant le régime Khmer rouge, alors que j’étais forcé de travailler dans les rizières, je continuais à répéter, en cachette, les mouvements des chorégraphies.C’est la danse qui m’a sauvé car j’espèrais, plus que tout, la voir revivre et je ne voulais pas disparaître avec elle ». En 1975, les artistes, et particulièrement ceux du palais, furent en effet, avec les militaires et les fonctionnaires, les premières victimes de la barbarie des Khmers Rouges car ils étaient le symbole de la royauté et du divin pour les maoïstes ultra-radicaux. On considère que durant les quatre années noires du régime autoritaire, 90% des danseuses, des professeurs et des musiciens de l’ancienne cour royale furent ainsi exécutés ou décimés par la famine. Réduisant quasiment à néant, en une fraction de siècle, plus d’un millénaire de raffinement et de spiritualité

Au Cambodge plus qu’ailleurs, l’art de la danse est en effet un art sacré qui puise ses racines dans la longue histoire du royaume. Savant autant que sensuel, le ballet khmer constitue dans sa forme originelle un langage symbolique, message de pouvoir et de respect adressé par le roi, incarnation de Shiva sur la Terre, aux Dieux et aux ancêtres. Ballerines autant que déesses, artistes autant qu’émissaires, les Apsaras dansaient autrefois pour la prospérité du peuple khmer. Inscrite en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, la danse classique khmère constitue un héritage national révéré par les Cambodgiens autant qu’un art dont la finesse force l’admiration internationale. Depuis une vingtaine d’années, la danse classique khmère renaît ainsi peu à peu de ses cendres. La fille aînée du roi Norodom Sihanouk, la princesse Bopha Devi, contribua pour beaucoup à cette résurrection. Danseuse-étoile renommée, elle fut chargée par son père, en 1991, de reconstituer le Ballet royal d’autrefois.

Aujourd’hui, le gouvernement cambodgien emploie environ deux cents danseuses d’État qui donnent deux ou trois représentations par mois à l’occasion des visites officielles et des inaugurations ainsi qu’une dizaine de spectacles par an à l’étranger. « Si le ballet a pratiquement retrouvé sa magnificence d’autrefois, notre art reste fragile car  nous manquons cruellement de fonds et de moyens… » déplore ainsi Proeung Chhieng. «La rémunération des artistes est dérisoire et les costumes reviennent tellement chers. » Cousues au plus prêt du corps à chaque représentation, les tenues de velours et de soie coûtent en effet entre 700 et 1400 euros pièce et ne peuvent être utilisés qu’une trentaine de fois. Intégrées à de petites troupes privées, les danseuses donnent des spectacles dans les hôtels prestigieux du pays et profitent ainsi directement du boom touristique national. Les déesses d’hier participent même aujourd’hui à d’impressionnants spectacles son et lumière. Les Apsaras y perdraient-elles leurs âmes ? Voire. Mais leur survie est probablement à ce prix. Et la démocratisation des spectacles n’enlève rien à leur magie. « Dans le futur, j’espère que notre art, longtemps réservé à l’élite, sera rendu plus accessible au peuple cambodgien…» souhaite ainsi Proeung Chhieng. Les danseuses sacrées tiendraient ainsi leur revanche ? Celles qui vivaient jadis recluses et ne se produisaient que pour les Dieux et le Roi, sont aujourd’hui les reines de grands spectacles destinés aux voyageurs étrangers et, pour l’instant, aux khmers les plus fortunés. Après le temps des loups, les aspsaras peuvent, à nouveau, danser avec les Dieux. Mais pour le peuple. Et les touristes.

lundi 19 mai 2014

Précis des vestiges historiques de la bataille de Diên Biên Phu



Dotée de sérieux arguments pour son développement touristique, avec notamment les reliques de la bataille historique de Diên Biên Phu, la province de Diên Biên (Nord-Ouest) est aujourd’hui une destination prisée des voyageurs, quelle que soit leur nationalité.

La province de Diên Biên abrite des paysages splendides avec un vaste réseau de forêts tropicales, de montagnes et de grottes. Fort de ses vestiges de la bataille historique de Diên Biên Phu, le lieu possède bien des trésors à découvrir. Petite sélection.

La grotte Thâm Pua
Située dans la commune de Chiêng Sinh, district de Tuân Giao, la grotte Thâm Pua servit de première base de commandement de la bataille de Diên Biên Phu. C’est ici que le général Vo Nguyên Giap, sur maquette en sable, a donné l’ordre aux troupes militaires de suivre la tactique «Attaque éclair et victoire éclair», selon laquelle il fallait combattre sur Diên Biên pendant deux jours et trois nuits. Une offensive lancée le 20 janvier 1954. Cette grotte a été surnommée affectueusement hang «ông Giap» (grotte de Monsieur Giap) par les habitants locaux. 
Thâm Pua est une ancienne grotte, profonde et large. La voie y menant est étroite et escarpée. L’entrée de la grotte est cernée par un paysage somptueux orné de rizières en terrasse. Un spectacle captivant. En entrant, les touristes découvrent une multitude de stalactites aux formes variées, où il est aisé d’imaginer des dragons, des éléphants, et de belles orchidées. Les habitants locaux y ont trouvés nombre d’objets anciens comme haches, pilons en pierre, os fossilisés, etc.

Le poste de commandement du général Vo Nguyên Giap
Le poste de commandement du général Vo Nguyên Giap se trouve dans une forêt de la commune de Muong Phang, district de Diên Biên, à 27 km de la ville de Diên Biên Phu. Il a été construit à côté d’un petit ruisseau, sur une superficie de 90 km². Il est aménagé selon un système enchaîné de cave, de tranchée, de camp… 

Ici, le général a fait aussi installer un poste d’observation, duquel on pouvait surveiller la plaine de Muong Thanh. Le commandement de la partie vietnamienne y a travaillé pendant 105 jours (du 31 janvier au 15 mai 1954).

On peut visiter ici : le poste de la garde numéro un, le centre d’information, le camp du général Vo Nguyên Giap, commandant en chef de la campagne, la tranchée de 96 m reliant le camp du général Vo Nguyên Giap à celui du chef d’état-major Hoàng Van Thai, l’amphithéâtre, le bureau politique... Liste non-exhaustive.

La colline A1
La colline A1 se trouve dans le quartier de Muong Thanh, ville de Diên Biên Phu. Elle comprend deux sommets : l’un au nord-ouest (490 m) et l’autre au sud-est (493 m). Parmi les 49 positions militaires de Diên Biên Phu, la colline A1 – nom donné par les soldats vietnamiens ; côté français, c’était Éliane 2 – était la plus fortifiée.

 C’est après de durs combats que le 6 mai 1954 à 04h00, les soldats vietnamiens conquirent cette colline stratégique. Plus de 2.000 d’entre eux sont tombés au champ d’honneur pour cette victoire. Actuellement, au sommet nord-ouest trône un monument commémoratif.

Le QG souterrain du général français de Castries
Le QG souterrain du général français De Castries se situe au centre du complexe des positions de Diên Biên Phu, au milieu du champ de Muong Thanh, en contrebas du champ de bataille. Il y a 60 ans, on pouvait voir le QG à partir des collines, mais un système de défense infranchissable l’entourait : barbelés, chars, blockhaus… Le QG mesure 20 m de long sur 8 m de large, et comprend quatre pièces servant à la fois de lieu de travail et d’habitation.
Après 56 jours et nuits de combats incessants menés avec une volonté de fer sous la direction talentueuse du général Vo Nguyên Giap, l’armée vietnamienne anéantit la base de Diên Biên Phu.

Le 7 mai 1954 vers 17h30, le général de Castries et l’ensemble du QG français étaient capturés vivants. Le drapeau rouge à l’étoile jaune flottait sur le toit de la casemate de Castries...